French
Pour Émile Jaques-Dalcroze (1865–1950), demander aux jeunes enfants de synchroniser l’allure de leur marche aux accents forts et faibles de la musique constituait la rampe de lancement vers la conscience rythmique. À sa suite, des générations d’enseignants ont initié leurs jeunes élèves au sens du rythme en répliquant cette manière de faire en classe. Aujourd’hui, le Plan d’études romand (PER) prescrit toujours ces activités au cycle 1. Pourtant, la littérature scientifique à ce sujet tend à montrer que les mouvements non locomoteurs seraient mieux adaptés que la locomotion pour faciliter les premières expériences d’accordage des segments corporels à la pulsation d’une oeuvre musicale diffusée en classe. Dès lors, faut-il encore débuter l’instruction rythmique par des activités qui incitent les jeunes élèves à ajuster leurs pas sur la pulsation d’une musique diffusée en classe ? En première partie de cet article, nous exposons les principes fondateurs de la rythmique dalcrozienne, suivis d’une revue de la littérature sur les différents niveaux d’accordage des mouvements des jeunes enfants à la musique (la synchronisation et la syntonisation). En deuxième partie, nous présentons les résultats d’une recherche exploratoire qui a tenté de déterminer quelle posture (locomotrice debout/non locomotrice assise) serait la plus favorable à la synchronisation des mouvements d’un échantillon aléatoire de neuf élèves de 5 ans (+/- 6 mois) à la pulsation d’un Allegro d’un concerto pour violon de Vivaldi. En troisième partie, nous analysons les résultats obtenus et les mettons en discussion avec les implications pédagogiques qu’ils suggèrent pour les enseignants.